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L'esprit est dénué d'amour,.

Le problème de la pauvreté et de l’inégalité sociale, de la dégradation et de la misère existe-t-il indépendamment de l’esprit?

N’y a-t-il pas qu’un seul et unique problème, qui est l’esprit?

C’est l’esprit qui est à l’origine du problème social; et, ayant créé ce problème il cherche à le résoudre sans opérer en lui-même aucun changement fondamental. Notre problème est donc l’esprit, cet esprit qui, voulant se sentir supérieur, crée ainsi l’inégalité sociale, cet esprit toujours en quête d’acquisitions, sous des formes diverses, car la propriété, les relations, ou les idées, c’est à dire le savoir, le sécurisent.

C’est cette soif permanente de sécurité qui engendre l’inégalité, et ce problème ne sera jamais résolu sauf si nous comprenons enfin que c’est l’esprit qui crée la différence, que c’est l’esprit qui est dénué d’amour. Ce n’est pas une législation qui résoudra le problème, et les communistes ou les socialistes ne peuvent pas le résoudre non plus.

Le problème de l’inégalité ne peut être résolu que lorsqu’il y a l’amour, et l’amour n’est pas un simple mot en l’air. Celui qui aime ne se soucie pas de savoir qui est supérieur et qui est inférieur, il n’y a pour lui ni égalité ni inégalité : il n’y a qu’un état d’être qui est l’amour. Mais nous ne connaissons pas cet état-là, nous ne l’avons jamais ressenti.

Comment cet esprit, qui est totalement absorbé pas ses activités, ses occupations, qui est déjà responsable d’une telle détresse dans le monde et qui continue imperturbablement à semer le malheur et la destruction – comment un tel esprit peut-il opérer en lui-même une révolution totale?

Là est le problème sans nul doute. Et l’avènement de cette révolution ne passe par aucune réforme sociale, mais ne peut se produire que lorsque l’esprit voit de lui-même la nécessité d’une rédemption totale. Alors la révolution est là.

Nous ne cessons de parler de pauvreté, d’inégalité et de réformes : c’est parce que nous avons le cœur vide. Quand l’amour sera, nous n’aurons plus de problèmes, mais l’amour ne peut advenir en recourant à des pratiques. Il ne pourra advenir que lorsque vous ne serez plus, c’est à dire lorsque vous cesserez de vous préoccuper de vous-mêmes, de votre rang social, de votre prestige, de vos ambitions et de vos frustrations.

Cette préoccupation de soi est toujours la même, qu’elle concerne celui qui cherche Dieu, ou celui qui œuvre pour une révolution sociale. Jamais un esprit animé de telles préoccupations ne peut savoir ce qu’est l’amour.

J. Krishnamurti

La croyance

"L'acceptation d'une croyance n'est-elle pas un couvercle mis sur cette peur, sur cette peur de n'être rien du tout, d'être vide ? Et pourtant un récipient n'est utilisable que lorsqu'il est vide et un esprit qui est rempli de croyances, de dogmes, d'affirmations, de citations est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition."

Krishnamurti

Rencontre avec Krishnamurti


Création est mort et amour

Ainsi, nous voici devant un des problèmes majeurs : la mort. Pour comprendre cette question, non pas verbalement mais en fait, je veux dire pour pénétrer en toute réalité le fait de la mort, on doit se débarrasser de tout concept, de toute spéculation, de toute croyance à son sujet, car toute idée que l’on peut avoir là-dessus est engendrée par la peur.
Si nous sommes sans peur, vous et moi, nous pouvons poser correctement la question de la mort. Nous ne nous demanderons pas ce qui arrive « après », mais nous explorerons la mort en tant que fait. Pour comprendre ce qu’est la mort, toute mendicité tâtonnante dans les ténèbres doit cesser. Sommes-nous, vous et moi, dans cette disposition d’esprit qui ne cherche pas à savoir ce qu’il y a « après la mort », mais qui se demande ce qu’est la mort ? Voyez-vous la différence ? Si l’on se demande ce qu’il y a « après », c’est parce que l’on ne se demande pas ce que c’est. Et sommes-nous en condition de nous poser cette question ? Peut-on réellement se demander ce qu’est la mort tant que l’on ne se demande pas ce qu’est la vie ? Et est-ce se demander ce qu’est la vie, tant qu’on a des notions, des idées, des théories au sujet de ce qu’elle est ?
Quelle est la vie que nous connaissons ? Nous connaissons l’existence d’une conscience qui se débat sans cesse dans toutes sortes de conflits intérieurs et extérieurs.
Déchirée dans ses contradictions, cette existence est con- tenue dans le cercle de ses exigences et de ses obligations, des plaisirs qu’elle recherche et des souffrances qu’elle fuit. Nous sommes entièrement absorbés par un vide intérieur que l’accumulation de possessions matérielles ou mentales ne peut jamais combler. Dans cet état, la question de ce qu’est la mort ne peut pas se poser, parce que la question de ce qu’est la vie ne se pose pas.
L’existence que nous connaissons est-elle la vie ? De même, les explications : résurrection des morts, réincarnation, etc., proviennent-elles d’une connaissance de la mort ? Elles ne sont que des projections d’idées que l’on se fait au sujet du fragment d’existence que l’on appelle vie. Mourir à la structure psychologique avec laquelle on s’identifie ; mourir à chaque minute, à chaque journée, à chaque acte que l’on fait, mourir à l’immédiat du plaisir et à la durée de la peine, et savoir tout ce qui est impliqué dans ce mourir ; alors on est apte à poser la question : qu’est-ce que la mort ?

On ne discute pas avec la mort corporelle. Et pourtant, seuls ceux qui savent mourir d’instant en instant peuvent éviter d’entreprendre avec la mort un impossible dialogue. En cette mort perpétuelle est un perpétuel renouveau, une fraîcheur qui n’appartient pas au monde de la continuité dans la Durée.
Ce mourir est création.
Création est mort et amour.


Ce texte est un extrait rédigé à partir des notes prises au cours d’une semaine d’entretien avec Krisnamurti. Il l'a lu et corrigé lui-même. On peut y voir une mise au point d’une des pensées les plus originales qui soient et peut- être une sorte de testament spirituel. Pour lire cet entretien exceptionnel réalisé par Carlo Suarès suivez ce lien :

http://www.tai-chi-gong.org/reflexions.htm